Empreinte carbone des essais cliniques enjeux RSE et recommandations pour la recherche biomédicale

Recherche biomédicale et climat : ça chauffe !

Le groupe MultiHealth aborde aujourd’hui un sujet original qui mérite réflexion : l’empreinte carbone laissée actuellement par la recherche biomédicale. Des premières recommandations ont été émises pour la limiter mais une prise de conscience globale s’avère nécessaire.

La notion de RSE (Responsabilité Sociétale de l’Entreprise) est apparue pour la 1ère fois en 1953 dans l’ouvrage d’un économiste américain, Howard Bowen. Aujourd’hui, l’enjeu de développement durable est applicable à toute entreprise et a été renforcé par la loi PACTE de 2019. Il peut se formuler ainsi : avoir un impact positif sur la société et l’environnement tout en étant économiquement viable.

L’empreinte carbone est l’indicateur choisi pour mesurer l’impact environnemental que nous exerçons. Il s’agit de la quantité de gaz à effet de serre émise par l’activité d’un être humain ou d’une entreprise ou lors de la production d’un bien ou d’un service. L’impact carbone est généralement exprimé en « dioxyde de carbone équivalent » ou CO2e. Sur l’Hexagone, par exemple, cet impact a été évalué en 2021 à 8,9 t de CO2e en moyenne par individu.

Les conséquences du changement climatique sur la santé sont relativement bien connues, avec notamment une augmentation des maladies infectieuses et respiratoires. Cependant, il existe très peu de données concernant l’impact du secteur de la santé lui-même sur le changement climatique.

En France, le Shift Project(1) a publié en avril 2023 un rapport intitulé « Décarboner la santé pour soigner durablement ». Selon ses analyses, les émissions de gaz à effet de serre produites par l’ensemble des acteurs de la santé (établissements hospitaliers, médecine de ville, administration et complémentaires santé,…) sont évaluées à environ 49 millions de tonnes de CO2e, ce qui représente plus de 8 % de l’empreinte carbone de la France.

Bilan carbone : un sujet peu pris en compte en recherche biomédicale

En 2022, une revue de la littérature mondiale a permis d’identifier seulement cinq articles « recevables »(2) consacrés à l’empreinte carbone de la recherche biomédicale depuis 2007. C’est étonnamment peu. Globalement, ces études ont permis d’identifier trois postes de contribution majeure à l’émission de gaz à effet de serre :

  • les opérations de coordination, la gestion de l’étude : de 23 à 39 % en fonction des études ;
  • la fabrication et la distribution des produits à l’étude : de 14 à 48 % ;
  • les déplacements des personnes impliquées dans l’étude : de 19 % à 29 %. Une seule étude s’est intéressée spécifiquement à la contribution des déplacements patients ; elle a été estimée à 16 %.

En 2023, une enquête mondiale (15 pays, 4 continents) a été menée auprès des institutions de recherche académique et des gouvernements impliqués dans la recherche clinique pour évaluer les mesures prises concernant la réduction des émissions de CO2e(3). La moitié des répondants ont déclaré que presque aucun de leurs projets de recherche ne prenait en compte la réduction de l’empreinte carbone (50 % n’ont pas répondu car « non familiers » avec cette notion).

De plus, 60 % des personnes interrogées ont déclaré que les émissions de gaz à effet de serre n’étaient pas évaluées par les comités d’établissements, comités d’éthique ou autorités compétentes (40 % ne savaient pas).

En résumé, ni les promoteurs, ni les instances réglementaires ne semblent avoir réellement intégré l’évaluation du bilan carbone dans les phases de conception ou réalisation des essais. Pour autant, plus de 450 000 études cliniques sont actuellement recensées sur le site ClinicalTrials.gov, démontrant que l’adoption généralisée de pratiques plus respectueuses de l’environnement pourrait avoir un impact significatif sur le réchauffement climatique.

Pour une recherche clinique responsable

Au-delà des mesures classiques mises en oeuvre pour réduire la consommation énergétique de tout un chacun, des réflexions spécifiques ont été menées sur la recherche biomédicale. Au Royaume- Uni, le National Institute for Health and Care Research est à l’origine des premières recommandations pour réduire le bilan carbone des études cliniques(4). Elaborées par des cliniciens, ces lignes directrices sont centrées sur les aspects méthodologiques et pratiques qui impactent l’empreinte. Hofman et al. ont également proposé une liste de points à vérifier pour réduire le bilan carbone des études cliniques(3).

La synthèse des recommandations enrichies de retours d’expérience est présentée dans l’encadré (cf page précédente). Globalement, les recommandations visent principalement à réduire les émissions de gaz à effet de serre des postes liés à la gestion de l’étude (optimisation de la gestion du temps et des données) et aux déplacements.

En conclusion, la recherche clinique a du retard en termes de contribution au développement durable. Un effort transverse commun est à fournir rapidement pour limiter l’émission des gaz à effet de serre. La réduction des émissions de CO2e ne vise pas seulement à préserver la nature, la limitation du réchauffement climatique ayant également des impacts sanitaires.

Questions fréquentes

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1 laboratoire d’idées engagé dans l’atténuation du changement climatique
2 Billiones R. Carbon footprint of clinical trials – Medical Writing, 2022 Vol 31 (1)
3 Hoffmann J-M, et al. BMJ Glob Health 2023;8:e012754. doi:10.1136/bmjgh-2023-012754
4 https://www.nihr.ac.uk/documents/nihr-carbon-reduction-guidelines/21685

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